
Que devient un rêve différé ?
Sèche-t-il
comme une figue au soleil ?
Ou suppure-t-il comme une plaie —
jusqu’à couler ?
Sent-il comme de la viande avariée ?
Ou croûte-t-il,
comme un bonbon trop sucré ?
Peut-être qu’il s’affaisse
comme un lourd fardeau.
Ou peut-être qu’il explose ?
—Langston Hughes, Harlem
Le Pouvoir des Récits
Nous devons apprendre à planter nos rêves dans le bon champ narratif pour récolter les fruits que dont nous espérons jouir durant notre passage sur Terre. Car, les narratives sont comme des champ, et les rêves sont ces graines qu’on sème dans ces champs narratifs. De notre naissance jusqu’à notre mort, nous vivons au sein d’histoires—certaines héritées, d’autres imposées, d’autres encore auto-construites—et ces histoires façonnent les conditions dans lesquelles nos rêves poussent ou meurent.
De la même façon qu’une plante a besoin d’un environnement adapté pour prospérer, nos rêves nécessitent un environnement psychique favorable—du terreau mental et émotionnel qui est sain et non toxique. Tout comme les fraises ne poussent pas dans un sol trop humide ou trop chaud (par exemple, près de l’équateur), nos rêves ne peuvent pas grandir dans n’importe quel champ. Il est donc essentiel de comprendre dans quels champs psychiques nous évoluons, et dans quels champs nous plantons nos graines chaque jour. Si nous les plantons dans un sol asséché, rien ne poussera. Ainsi, lorsque nous fonctionnons dans un récit qui ne nous correspond pas, nos rêves ne peuvent fleurir. Au contraire, ils se flétrissent et meurent, car nous ne cultivons pas ces rêves sacrés dans le bon état d’esprit. Ou encore, on les diffère, en se convaincant qu’un jour on y reviendrai quand on aura finalement assez de moyens ou assez de temps.
Mais quel est le prix d’un rêve différé ?
Comment cette suppression de nos rêves finit-elle par nous exploser au visage ? Dans les mauvais choix que nous faisons ? Dans les mécanismes d’adaptation destructeurs que nous développons ? Dans les dépendances qui nous freinent ? Comment la misère d’une vie non alignée s’infiltre-t-elle dans notre âme, empoisonnant nos existences à notre insu ? Autrement dit, comment explosons-nous ?
Les mauvais récits qui tuent les rêves
Par exemple, une artiste qui nourrit le rêve de devenir chanteuse, et qui découvre qu’elle descend d’une lignée de griots et de chanteur·euses, pourrait ne pas réussir à nourrir ce rêve si elle vit dans un contexte social où l’on l’a conditionnée à croire qu’il faut travailler dans un domaine stable et économique ou mathématique pour gagner sa vie. Cette personne pourrait finir par se convaincre en se répétant des excuses comme les suivantes: “Je dois choisir une profession stable pour être digne,” “l’art n’est pas pratique,” “Réussir, c’est avoir un salaire même si mon âme s’éteint à petit feu.”
Malheureusement, chaque jour, nous nous réveillons et vivons dans des paradigmes qui étouffent nos rêves, influencés par des paradigmes impériaux qui imposent des définitions étroites de la réussite, marginalisant les rêves qui ne sont pas alignés avec la productivité ou le profit. Ce contexte social ou ce récit dominant, pousse les gens à choisir entre leurs raison d’être et leurs survie. Nous savons que sacrifier notre raison d’être pour l’argent mène à la dépression. Et pourtant, nous le faisons chaque jour parce que nous ne savons pas comment transformer le système dans lequel nous vivons, ni comment réinventer des histoires alternatives où le potentiel humain serait célébré et aurait l’espace pour s’épanouir, au lieu d’être contrôlé et limité par des idéologies impériales.
Identifier le récit dominant
Si nous voulons vivre de manière plus saine, nous devons donc remettre en question les récits que nous avons internalisés dès notre plus jeune âge. Nous devons repenser et réexaminer les histoires auxquelles nous avons été exposés, ainsi que celles qui nous ont été cachées ; les histoires qui ont été glorifiées et celles qui ont été diabolisées. Car c’est en comprenant les récits qui alimentent l’endoctrinement que nous pouvons commencer à déconstruire et reconstruire des histoires mieux alignées avec notre bien‑être, au lieu de continuer à nous soumettre à des récits qui ne nous servent pas : des récits qui valorisent le surmenage au détriment de notre santé, des récits qui font de la guerre et de la violence une norme, des récits qui encouragent la complaisance, des récits qui présentent la production d’aliments malsains ou cancérigènes comme un progrès, et ainsi de suite.
Nous vivons sous le poids de nombreux récits, histoires, scripts et paradigmes dont nous ne sommes pas conscients, mais qui limitent notre vision, notre compréhension de nous-mêmes et du monde, et notre idée de notre juste place. C’est pourquoi la thérapie narrative nous invite à externaliser les récits dans lesquels nous stagnons au quotidien, en reconnaissant les récits culturels ou familiaux dominants qui nous façonnent— souvent à notre insu.
Reprendre le contre-récit
Si nous prenons l’exemple de l’artiste issu d’une lignée de griots, on peut dire qu’elle porte, dans son sang, une histoire ancestrale vivante qui demande à être réincarnée dans le présent. Mais cette histoire reste étouffée, piégée dans un monde conditionné par la croyance qu’il faut sacrifier ses rêves et sa créativité pour réussir. En effet, pour exploiter la force vitale de l’individu, les narratifs du système dominant font taire cette histoire. (Et une fois que le système a épuisé toute l’énergie et le temps de l’individu, elle le jette dans une maison de retraite, car il n’est plus utile à la machine impériale).
Mais tout n’est pas sombre. Le premier pas pour changer un récit est de prendre conscience des histoires qui vous oppriment. Une fois que vous pouvez clairement identifier et déconstruire les récits toxiques qui vous empêchent d’avancer, vous pouvez retrouver les nombreux contre-récits qui ont toujours existé en parallèle aux récits dans lesquels vous avez grandi, mais qui ont été marginalisés et relégués à l’ombre.
Déconstruire et reconstruire les récits
Heureusement, la thérapie narrative peut vous aider à faire émerger ces contre-récits enfouis, enracinés dans la compassion, les dons ancestraux et la joie communautaire. La guérison commence lorsque ces histoires réduites au silence retrouvent l’espace nécessaire pour respirer à nouveau. Voici quelques questions utiles pour démarrer votre processus de déconstruction et reconstruction narrative. Je vous invite à écrire vos réponses. Vous serez surpris de ce qui remontera à la surface durant cette réflexion :
- Quels récits ai-je intériorisés qui tuent mes rêves ?
- Suis-je en train de vivre mes histoires, ou celles de quelqu’un d’autre ? Si oui, lesquelles ?
- Suis-je aligné·e avec un avenir que j’ai choisi, ou un avenir qu’on a choisi pour moi ?
- Mes actions sont-elles basées sur de vieilles blessures ou sur des espoirs futurs ?
- Quels rêves sont morts en moi à cause des histoires que j’ai intériorisés à propos de moi-même et du monde ? (Et quels sont ces histoires ?)
- En quoi est-ce que l’histoire que je vis actuellement reflète-t-il mon passé personnel et mon passé ancestral ?
- En quoi l’histoire que je vis aujourd’hui reflète-t-il un futur que je n’ai pas choisi, mais qu’on a choisi pour moi ? (C’est-à-dire : qui m’a dit ce à quoi je devrais aspirer ? Ce qu’est la réussite ? Quelles ambitions je devrais ou ne devrais pas avoir ? Quels rêves je devrais poursuivre et lesquels je devrais abandonner ? Qui a défini mon avenir à ma place, et m’a mis sur une voie que je n’ai même pas choisie ? Quelles structures et influences extérieures m’ont mené là où je suis aujourd’hui ?)
Si vous êtes prêt à commencer ce travail important de déconstruction et reconstruction narrative, réservez un rendez-vous dès aujourd’hui et commençons ce travail ensemble.
Il est temps d’honorer la sacralité de vos rêves et de revenir à vos vérités intérieures.
Il est temps de réactiver les histoires ancestrales qui dorment en vous.
Il est temps de choisir le bon champ narratif et psychique pour croître.
Il est temps de réécrire l’histoire qu’on vous a conditionné à vivre.
Il est temps de faire de la place pour les rêves qui n’ont jamais cessé d’appeler votre nom.
Ce que la thérapie narrative offre :
- Une conscience des récits que vous avez intériorisés
- Un espace pour faire le deuil des rêves qui sont morts
- La permission de réécrire votre histoire — selon vos termes
- La liberté de planter vos rêves dans un terreau fertile, où ils pourrons croître.
Alors, prenez rendez-vous et mettons-nous au travail.
